2006_11_01

JEAN-MARIE MARTELParution: novembre-décembre 2006
Médecin par altruisme, président par engagement
Par Jacques Lafontaine

C’est par altruisme que le Dr Jean-Marie Martel a opté pour la médecine. Rien, ni dans son environnement social, ni dans la cellule familiale forte de quatorze enfants, ne le préparait à ce choix, d’autant plus qu’il a d’abord jeté son dévolu sur les sciences biologiques.Curieusement, son baccalauréat ès sciences de l’Université de Montréal servira son désir d’aider autrui par la médecine, en lui ouvrant les portes de la faculté de médecine de Besançon, en France.Étudier à l’étranger met le portefeuille à contribution. Jean-Marie Martel passera pourtant les portes de la Faculté de Besançon en 1973. Ses qualités et les économies tirées de son salaire canadien de professeur de sciences biologiques seront son sésame.Belle expérience culturelle et médicale que ce séjour bisontin. Parcours atypique, cependant, qui placera le Dr Martel devant l’obligation, de retour au pays, de gagner son ECFMG, de suivre les stages requis et d’obtenir son LMCC à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.Jean-Marie Martel ne conteste pas, au contraire, cette exigence québécoise d’adapter sa formation à la médecine d’ici. Il ne croit pas non plus que l’amélioration du ratio médecins/population passe nécessairement par l’arrivée massive de médecins formés à l’étranger. Il prônerait plutôt, à la rigueur, la création d’une école de médecine privée, libérée, par définition, des freins du contingentement.
Le Dr Jean-Marie Martel 

Il y a pénurie et pénurie

Jean-Marie Martel regrette par ailleurs cette tendance québécoise à exagérer l’importance de la pénurie de médecins : nous ne manquons pas autant de chirurgiens que de disponibilité dans les blocs opératoires. Nous ne manquons pas à ce point d’omnipraticiens mais de temps à consacrer aux vraies maladies, puisque aucun médecin sérieux ne peut écourter la procession des patients en jugeant à distance de la pertinence des visites et qu’il n’existe pas de tickets modérateurs pour calmer les ardeurs de certains.

De Mistassini à Sherbrooke et Longueuil, en passant par Besançon

Pour qualifier Jean-Marie Martel de presque globe-trotter, il ne faut que compter ses déplacements depuis sa naissance, à Mistassini, en 1947, jusqu’aux années plus tranquilles débutant en 1983. Le Dr Martel a complété ses études secondaires et classiques au Collège des Salésiens, à Sherbrooke, puis au Collège Ste-Croix de Montréal. Puis vint l’obtention du baccalauréat ès sciences, l’aventure bisontine, le retour au bercail, la formation en médecine de famille à la Faculté de l’Université de Sherbrooke et le début de la pratique médicale, en 1982, dans la région du Haut-Richelieu.

Jean-Marie Martel allait reprendre son baluchon dès l’année suivante, cette fois pour s’établir au centre hospitalier Pierre- Boucher où il fera partie, pendant dix-sept ans, du secteur urgence hospitalisation et clinique externe. En 1987, il fonde la Clinique médicale 1746, où il poursuit toujours ses activités de pratique privée.

Les années suivant 1990 le voient s’intéresser à la médecine gériatrique au centre d’accueil Marcelle Ferron et au centre d’hébergement St-Georges. Le Dr Martel sera aussi médecin consultant de travail, notamment à la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal.


Le Dr Jean-Marie Martel privilégie le travail d’équipe; il entend bien que sa présidence soit marquée par les valeurs de tolérance et de stabilité qu’il a toujours défendues dans sa vie professionnelle et personnelle.


Une mission médico-sociale

Comment Jean-Marie Martel et l’Association des médecins de langue française du Canada se sont-ils rencontrés pour la première fois ? Le médecin a été attiré par le caractère rassembleur de l’AMLFC autour du fait francophone nord-américain.

Mais les temps changent et le Dr Martel constate, avec d’autres, que cet aspect du pouvoir d’attraction de l’AMLFC s’émousse.

Du coup, il imagine – en accord avec des discussions préalables autour de la table du conseil général – l’Association des médecins de langue française du Canada dotée d’un mandat médico-social attractif. Pourquoi ne pas créer la Fondation de l’AMLFC ? Une fondation qui viendrait en aide à d’autres fondations ou alors une véritable fondation de l’AMLFC qui appuierait, par exemple, les efforts de contrôle et d’apaisement de la douleur chronique.

La pratique médicale du Dr Martel, notamment auprès de gens âgés, le met en contact presque quotidien avec des patients handicapés par leur mal et ses manifestations de douleur. Mais bien qu’il privilégie personnellement l’aide au soulagement de cette manifestation indésirable de la maladie qu’est la douleur, il n’écarte pas une autre mission médico-sociale pour la Fondation de l’AMLFC.

Le nouveau président défend simplement, en effet, le principe de créer la Fondation de l’Association des médecins de langue française du Canada, un organe voué parallèlement à la formation pointue de médecins et de professionnels de la santé. Le tout sous le signe de l’interdisciplinarité et en accord avec sa perception personnelle du rôle de soignant: «un être de compassion».

La planification stratégique de l’AMLFC

De façon plus générale, le président Martel s’affairera à suivre, en collégialité, les recommandations contenues dans ce qu’il convient d’appeler la planification stratégique de l’AMLFC, élaborée sous la présidence du Dr Jacques Étienne Des Marchais: la transparence, la création d’un volet médico-social, le perfectionnement de l’aspect formation continue, le transfert des connaissances…

Ce dernier point lui tient à coeur. Le Dr Martel déplore les départs non préparés des administrateurs, des conseillers, des membres des comités et l’absence conséquente d’une saine transmission du savoir et des connaissances. Voilà un frein majeur au développement harmonieux d’un regroupement, d’une association. Il ajoute que l’AMLFC ne peut se permettre ce type de pauses peu propices à l’épanouissement individuel et communautaire de ses membres. Au terme de ses activités, chacun pourrait transmettre ses connaissances et ses habiletés (politiques et procédures) aux nouveaux candidats appelés à poursuivre la tâche. C’est donner au suivant pour assurer le développement cohérent de l’Association en regard des objectifs visés.

Symposium, forum et colloques

Heureux de l’initiative de l’Association d’organiser en 2006 un premier véritable symposium scientifique, le Dr Martel appuierait la création parallèle d’un forum qui servirait de vitrine publique aux différentes fondations de santé. Cela sur la base que «la santé dans son ensemble n’est pas et ne doit jamais être que l’affaire du seul médecin».

Et pourquoi pas, poursuit-il, la mise en place de colloques mobiles qui déplaceraient les mêmes conférenciers débattant des mêmes thèmes dans les différentes régions ?

L’AMLFC veut mener ce projet à terme, de même que celui d’accroître sa présence dans les communautés médicales francophones hors Québec.

L’AMLFC et la francophonie internationale

Le Dr Martel veut augmenter et la quantité et la qualité des échanges avec les autres pays de la francophonie. Partant de cette constatation que les autres pays, la France incluse, cherchent à s’inspirer de la forme d’enseignement médical privilégiée au Québec, Jean-Marie Martel souhaite un rapprochement entre l’Association et les concepteurs français de l’enseignement médical.

« Dans un monde idéal, le haut lieu québécois de l’enseignement médical moderne sous forme d’apprentissage par problèmes, la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, contribuerait à ce partage des connaissances et des outils pédagogiques. » Cela lui apparaît d’autant plus pertinent que le Dr Jacques Étienne Des Marchais, président sortant de l’Association, a été l’instigateur de ce modèle de formation.

L’équipe de l’AMLFC

Jean-Marie Martel privilégie le travail d’équipe. Lui qui n’a jamais vraiment convoité le poste de président qui lui échoit ne se voit pas aux commandes d’un one-man-show. L’apport de tous et chacun des membres élus et délégués dans la prise des décisions et des actions lui apparaît essentiel.

Par ailleurs, le Dr Martel est conscient que les membres actifs du conseil d’administration et des comités ont déjà investi beaucoup de temps et d’énergie. Selon lui, le temps serait venu d’encadrer l’aspect organisationnel des réunions. Somme toute, il souhaite explorer l’avenue d’une délégation accrue des tâches, tout en valorisant davantage l’aspect de collégialité dans les rapports entre les membres.

De la mesure en tout. Ce principe, déjà présent dans sa vie professionnelle, Jean-Marie Martel veut l’appliquer aux opérations de l’Association.

Les femmes aux postes

Le Dr Jean-Marie Martel est entouré de femmes : son épouse, Lucie Carmel, infirmière de son état et collaboratrice de tous les jours, et trois filles dont il est fier : l’aînée est psychoéducatrice, la deuxième en âge pratique le métier de sociologue et la benjamine étudie en communications.

Il note d’ailleurs avec bonheur l’adhésion de plus en plus de femmes à l’AMLFC et leur engagement grandissant dans les comités. Mais pour attirer les femmes aux postes de commande, peut-être faudrait-il écourter les sessions de travail, en éliminer ou, du moins, en alléger l’aspect plus social, en tout cas adapter les réunions à l’horaire et aux exigences pratiques des femmes médecins, pense le Dr Martel.

Les effectifs

Comment compte-t-il accroître les effectifs ? La mise en place du plan stratégique – d’où ressortent les mots transparence, Fondation, formation, consolidation, transfert des connaissances – et l’amélioration des services aux membres y pourvoiront, croit le Dr Martel.

L’engagement du président

L’engagement du Dr Martel n’a pas changé depuis sa vice-présidence obtenue il y a deux ans, alors qu’il disait « croire profondément au développement de la médecine francophone » et souhaiter « effectuer des changements qui vont se perpétuer et qui vont permettre à l’Association des médecins de langue française du Canada de croître ». Il entend bien que sa présidence soit marquée par les valeurs de tolérance et de stabilité qu’il a toujours défendues dans sa vie professionnelle et personnelle. ]