2006_11_03

Le Dr Suzanne MichalkParution: novembre-décembre 2006
Le secret de l’équilibre
Par Jean Michel Taub

Si le sport n’est pas le moteur essentiel de la vie du Dr Suzanne Michalk, c’est certainement, dans la pratique régulière qu’elle en fait, une des sources d’énergie qui alimentent son optimisme et son entrain. « Toute jeune, je faisais surtout de la natation, de la danse, du vélo, du ski de fond et quelques sports de groupe comme le basket-ball. Mon mari skie depuis sa plus tendre enfance. Pour qu’en bénéficient aussi nos propres enfants, je me suis entraînée plus sérieusement à pratiquer le ski alpin. Malgré que j’étais sportive, je ne me suis adonnée à ce sport que vers l’âge de 20 ans. Quand un petit bonhomme de 6 ans dévale la pente à toute vitesse sans que vous arriviez à le suivre, vous vous décidez à prendre des leçons… C’est ce que j’ai fait, à Mont-Tremblant. Cela m’a même menée à remporter une médaille d’or il y a deux ans, lors d’une compétition de slalom. Il s’agissait d’une épreuve locale et le niveau de compétition n’était pas des plus poussés, mais ce fut enrichissant.»Mère de trois enfants âgés de 15, 11 et 7 ans, le Dr Michalk est très fière d’eux. Le plus jeune est un véritable adepte de ski alpin et fait de la compétition depuis 2004. «Il est tellement habile sur les pentes, s’exclame- t-elle avec enthousiasme, et il éclate de rire chaque fois qu’il tombe! » On en vient à aimer le sport, mais ce n’est pas quelque chose de complètement naturel, nous dit le Dr Michalk. C’est aux parents qu’il incombe d’en développer le goût chez leurs enfants, croit-elle. Elle considère qu’il est bon de s’adonner à une activité sportive saisonnière, de façon régulière. L’hiver aussi. On parle ici de la santé au quotidien. «Lorsque cela est possible, il est bénéfique de pratiquer un sport comme le ski de fond ou le ski alpin, qui combinent exercice et plein air et peuvent être pratiqués en famille. Notre plus jeune enfant a commencé à faire du ski alpin à l’âge de 3 ans !»
Le Dr Suzanne Michalk

Pour le Dr Michalk, le sport joue un rôle de prévention évident qu’il faut absolument promouvoir auprès des familles. «Il ne faut pas attendre que la santé soit en péril pour se mettre à faire de l’exercice. Je tire mon chapeau à tous ces garçons qui souffrent d’un surpoids, ou d’un début d’obésité parce qu’ils se sont un peu laissés aller, pour le courage qu’ils montrent à venir s’entraîner sur un terrain de football américain. Mais c’est avant de se retrouver dans cette situation qu’il faut agir et bouger!»

Si le sport est question d’éducation, c’est aussi un sujet scolaire. Les efforts doivent être maintenus pour convaincre les écoles d’augmenter le nombre d’heures consacrées à l’éducation physique, nous dit le Dr Michalk. Elle mentionne aussi les trop nombreux endroits de restauration rapide et les menus hamburgers-frites que privilégient les collèges. « Je crois que l’on a déjà tout dit sur ces enfants qui mangent trop et n’importe quoi, qui restent assis pendant des heures devant la télé, le Nintendo ou l’ordinateur. Il est évident que ce genre de vie rend les enfants davantage paresseux. Et cela touche aussi à la santé mentale. Tous ces enfants qu’on accuse d’hyperactivité ont peut-être simplement besoin d’aller jouer dehors une heure par jour, de crier, de pratiquer des activités physiques pour que leur corps soit sain. Il n’y a pas que l’intellect… Ces jeunes seraient peut-être moins excités lors des cours et écouteraient leurs professeurs avec plus d’attention.

« Je me rappelle que ma mère mettait toujours du brocoli dans notre assiette. Aujourd’hui, lorsque je prépare les repas, je dis à mes enfants : “Voilà, j’ai rempli votre assiette d’aliments anticancer!’’ J’ai été élevée sainement, tant du point de vue des habitudes alimentaires que du reste. Peut-être qu’il y a quarante ans, les mères étaient plus soucieuses d’une bonne alimentation. Le Guide alimentaire canadien existait déjà en quelque sorte. Je me souviens que ma propre mère s’efforçait de nous offrir toute la variété d’aliments indispensables à notre santé. J’essaie de perpétuer cela avec mes enfants, et j’espère qu’ils feront de même avec les leurs.»

Ce n’est pas par prosélytisme, cependant, que le Dr Michalk a choisi la médecine. « Je l’ai toujours su. Peut-être parce que j’étais une enfant fragile. Toute jeune, j’étais souvent malade; j’ai souffert de problèmes respiratoires, de fièvres subites. Toujours est-il que dès ma première année à l’école je savais que je voulais être médecin, et c’est ce que je répondais lorsqu’on me posait la question. Souvent, on m’a rétorqué que ce ne serait pas possible, que seuls les messieurs devenaient médecins. On me proposait alors d’être infirmière ou professeure. Mais ma décision était prise.»

Rappelant qu’à l’époque les médecins se rendaient chez leurs patients, le Dr Michalk souligne la gentillesse et le dévouement du médecin de famille qui s’occupait d’elle. Cela l’a certainement inspirée. Quant au choix de sa spécialité, il faudra attendre son entrée à l’université. «J’ai choisi l’anesthésie à l’occasion de l’un des stages optionnels que nous suivions en rotation. Cela m’avait beaucoup plu. J’adore ma spécialité, qui est très riche du point de vue clinique. Bien des gens croient que l’on endort tout le monde de la même manière. En fait, même si la façon de procéder est la même, il faut s’adapter à chaque individu, prendre en considération sa pathologie, son état de santé, son coeur, ses reins, sa personnalité médicale. L’anesthésie comporte beaucoup d’éléments de pharmacologie, de science physique, de physiologie respiratoire. Il faut rester alerte et suivre les progrès de chacune de ces disciplines.»

Malgré qu’elle n’assume pas de prise en charge à long terme de ses patients, il existe une véritable relation, vive et intense, entre le Dr Michalk et chacun de ses patients. « Prenons l’exemple du suivi postopératoire de la douleur. Nous ne voyons ces patients que deux ou trois jours seulement. Mais quelle intensité! Ces patients sont attentifs à 300 %!» Certains anesthésistes choisissent justement de se spécialiser dans ce seul champ de l’anesthésie: le traitement de la douleur chronique.

L’anesthésie témoigne des progrès de la science. «Les méthodes de surveillance du patient ont considérablement évolué depuis que j’ai commencé à pratiquer. Aujourd’hui, on peut surveiller presque toutes les fonctions d’un patient en anesthésie générale. On peut contrôler son électroencéphalogramme de manière continue, installer un échographe de cardiographie continue, sans compter les mesures de base permanentes telles que le taux d’oxygène dans le sang, le taux d’expiration de CO2, le taux de protoxyde d’azote lorsqu’on décide d’en administrer (de plus en plus rarement à cause des effets secondaires comme les nausées et le risque de vomissements). Concernant les nausées, on dispose maintenant d’une gamme de médicaments très efficaces, et les améliorations se poursuivent. La mise à jour des connaissances doit d’ailleurs être continue, ce qui rend cette spécialité très vivante et variée. Nous avons affaire à des techniques pointues, qu’il s’agisse de l’installation de cathéters pour mesurer la pression cardiaque ou encore d’épidurale ou de péridurale. »

Le Dr Michalk s’émerveille de tout ce qu’apporte l’anesthésie, du soulagement de la souffrance qu’elle permet. Ainsi en est-il des femmes enceintes. « C’est un véritable plaisir que de lire dans leurs yeux le soulagement qu’on leur procure, dit-elle. La mortalité due à certaines césariennes a considérablement diminué depuis que l’on procède à des anesthésies régionales. À cause du poids du bébé et de sa situation hormonale, la femme enceinte a toujours un délai de vidange gastrique de plusieurs heures. Avec une femme qui a toujours l’estomac plein, il existe un risque réel de régurgitation et de pneumonie mortelle si des rejets d’acide gastrique passent dans les voies respiratoires. Aujourd’hui, ce risque a pratiquement disparu. De plus, la patiente qui vient de subir une césarienne a la possibilité de voir son bébé tout de suite après sa naissance. C’est quand même plus humain!»

Ce coma contrôlé qui permet de subir une intervention chirurgicale indispensable à la santé d’un patient suscite la réflexion du Dr Michalk. « L’anesthésie est une recherche permanente d’un dosage parfait de tous les facteurs. Si la douleur se présente, le rythme cardiaque du patient augmente, indiquant que l’analgésie n’est pas tout à fait adéquate. Il faut se réjouir puisque l’avenir est rempli de promesses. Lorsque l’on arrivera à mesurer précisément ce qui se passe dans le cerveau, il sera peut-être également possible de mieux comprendre le mécanisme du stress et réduire encore davantage les problèmes postopératoires tels que la chute de cheveux ou la perte de mémoire.»

L’anesthésie est vaste et les possibilités d’apprentissage sont multiples. Parmi celles-ci, le Dr Michalk a choisi, en 1985, de faire un fellowship en soins intensifs à l’hôpital Bichat de Paris. « Ce fut fascinant. J’ai eu l’occasion de voir à l’oeuvre des anesthésistes-acupuncteurs qui utilisaient des techniques complètement différentes de celles que j’avais apprises ici. De plus, comme il y avait entente entre Bichat et des centres hospitaliers de plusieurs pays d’Afrique, j’ai eu la chance de m’initier également à ces autres cultures. »

Les intérêts du Dr Michalk ne s’arrêtent pas aux nombreuses composantes de sa spécialité. Depuis trois ans, elle siège au Collège des médecins du Québec. Médecin examinateur dans son établissement quelques années plus tôt, elle est toujours aussi passionnée par l’aspect médico-légal de sa pratique. En septembre 2005, elle a entamé sa troisième session à l’université pour l’obtention d’un certificat en droit général.

Après de nombreuses années à la Cité de la santé de Laval, le Dr Michalk a éprouvé le besoin de prendre un peu de recul et a opté pour une année sabbatique. Aujourd’hui, avec trois enfants à élever, les cours universitaires qu’elle suit, les responsabilités qu’elle assume au Collège des médecins du Québec, son travail à temps partiel à l’hôpital Jean-Talon – où les programmes de chirurgie du genou et de la hanche ont multiplié l’activité orthopédique et, par conséquent, la nécessité d’anesthésie –, elle affiche un emploi du temps bien rempli.

Aujourd’hui présidente du conseil de révision des plaintes du Collège, membre du comité des actes partageables (avec d’autres professionnels de la santé comme les pharmaciens ou les infirmières spécialisées en néonatologie), membre du comité des finances, qui s’occupe entre autres des structures administratives et de la rémunération (j’aime beaucoup les chiffres, nous confiet- elle), elle siège également au comité des urgences préhospitalières. «Pour concilier tout cela, il est important de bien s’organiser. Les médecins sont souvent mauvais juges de leurs besoins en matière de santé morale et de gestion de leur temps. Pour ma part, ma sphère de travail cohabite harmonieusement avec ma sphère familiale et celle de mes loisirs. Cet équilibre est précieux pour moi.» ]